Décision, Rationalité & Interaction (DRI): Thématiques de recherche



Les activités de recherches du pôle DRI se rassemblent en trois axes principaux :

(a) Théorie de la décision individuelle

Pour comprendre les êtres humains, aussi bien au niveau individuel qu’au niveau social, il est nécessaire de comprendre leurs actions. L’étude des décisions humaines, et des facteurs qui sont impliqués dans la décision, est non seulement importante du point de vue psychologique, ou dans la perspective de l’évaluation des actions humaines, mais elle occupe une position cruciale et fondatrice en sciences sociales. La théorie de la décision – discipline au croisement de l’économie, de la philosophie et de la psychologie cognitive – a pour but de décrire et de comprendre les rapports entre les décisions prises par les individus et les attitudes qui sont pertinentes pour ces décisions. Parmi les questions fondamentales de la théorie de la décision, on trouve les suivantes :

(2) Epistémologie des sciences de la décision

Le second axe de recherche du pôle « Décision, rationalité et interaction » porte sur l’épistémologie et la méthodologie des sciences de la décision et en particulier des sciences économiques.

2a Méthodologie de l’économie : parmi les sciences sociales, l’économie est celle dont la construction théorique se fonde le plus sur les modèles formels de décision, modèles qui constituent l’objet du premier axe de recherches (modèles en situations certaines, risquées et incertaines). La méthodologie de l’économie est la branche de la philosophie des sciences dite « spéciales » dont l’objet est la science économique.

2b. Rapports entre les sciences de la décision.  Les sciences de la décision sont passablement hétérogènes : de la théorie de la décision « abstraite » à ses applications économiques, de la psychologie cognitive à la philosophie de l’action en passant par l’informatique théorique ou les neurosciences. L’une des questions épistémologiques privilégiées du pôle « Décision, rationalité et interaction » est celle de savoir comment s’articulent ces différentes disciplines. Une attention toute particulière est accordée au rapport entre psychologie et économie et, de manière plus générale, entre sciences cognitives et sciences sociales : faut-il concevoir ces deux familles de sciences, quand elles abordent la décision, comme des approches séparées d’un même objet ? Si oui, sont-elles complémentaires ? Ou faut-il tenter de fonder, par exemple, les secondes sur les premières ? Peut-on attendre, par exemple, des neurosciences de la décision qu’elles réaménagent la théorie du choix rationnel toute entière et qu’elles améliorent sensiblement notre compréhension des phénomènes sociaux ?

2c. Normativité et valeurs dans les sciences de la décision. Les sciences de la décision entretiennent un rapport étroit aux normes et aux valeurs. Ce rapport, toutefois, est loin d’être transparent. Le troisième thème de recherches en épistémologie des sciences de la décision est la clarification du rôle que la normativité et les valeurs jouent dans ce champ. La question est d’autant plus pressante que, dans les sciences économiques, il existe un domaine entier, l’économie normative, qui est consacré à l’évaluation des états et des institutions économiques. Les principales questions qui commandent ce thème de recherches sont les suivantes :Les sciences de la décision sont-elles neutres du point de vue axiologique ? Doivent-elles intégrer des conceptions éthiques ?

(3) Rationalité interactive

Le troisième axe de recherches du pôle « Décision, rationalité, interaction » porte sur la caractérisation et les implications de la rationalité dans les groupes ou les sociétés.

3a. Théorie des jeux. La théorie des jeux est l’étude des interactions stratégiques entre agents : elle s’intéresse aux situations de choix où les conséquences des actions des agents dépendent des actions entreprises par les autres agents. Elle constitue donc une extension de la théorie de la décision, dans laquelle la façon dont l’agent fait ou devrait faire son choix n’affecte pas la nature du problème. En théorie des jeux au contraire, l’anticipation par chacun des choix d’autrui fait partie intégrante de l’ensemble des paramètres pertinents pour son propre choix.La théorie des jeux fournit ainsi un langage pour la description des interactions stratégiques, fondé avant tout sur des concepts d’équilibre, qui constituent l’ « issue » du jeu selon la théorie. Dans un équilibre, les choix des différents agents impliqués forment ainsi un ensemble stable : ils constituent chacun simultanément la meilleure réponse possible à tous les autres (en fonction de l’information disponible dans une situation donnée) et se justifient donc mutuellement. A partir de ce principe fondamental, les divers types de jeux existants ont mené à autant de concepts d’équilibre : équilibre de Nash pour les jeux sous forme normale, équilibre en sous-jeux parfait pour les jeux sous forme extensive, équilibres bayesiens pour les jeux à information incomplète, etc. Outre son succès au niveau des modèles, la notion d’équilibre a l’avantage de fixer précisément le niveau de rationalité nécessaire pour faire les « bons » choix en situation d’interaction. Elle ne résout pas pour autant tous les problèmes. D’abord, lorsqu’un jeu contient plusieurs équilibres de même type, la théorie ne peut en général pas en conseiller l’un plutôt que l’autre (problème de sélection des équilibres). Ensuite, le niveau de rationalité nécessaire pour toujours jouer selon un équilibre est considérable. Le principe fondamental de maximisation de l’utilité espérée doit être complété, dans un cadre dynamique, par des règles de détermination de l’information pertinente, où se mêlent estimation des coups futurs d’autrui et prise en compte signaux envoyés par les coups passés. Entrent de plus en jeu les connaissances et croyances des agents sur la rationalité d’autrui.

3b. Théorie du choix social et agrégation des jugements. A l’origine, la théorie du choix social ou théorie du choix collectif étudie l’agrégation des préférences individuelles en une relation de préférence collective. C’est l’une des branches principales de l’économie normative contemporaine. Son formalisme ainsi que son résultat fondateur remontent aux les travaux pionniers d’Arrow (1951). Le théorème d’impossibilité d’Arrow affirme qu’il est impossible de concilier un petit groupe de réquisits particulièrement naturels sur les propriétés que doivent satisfaire l’agrégation des préférences.  Le problème de l’agrégation des jugements concerne la question de savoir selon quels principes il est possible d’agréger les jugements de différents individus d’un groupe en un jugement « collectif ». C’est une question qui, depuis le début de la décennie, intéresse l’économie (en particulier les spécialistes de théorie du choix social), la philosophie, les sciences politiques et l’informatique théorique.

Contact

Equipe "Décision, Rationalité & Interaction"

Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (UMR 8590, U. Paris-1, ENS Ulm & CNRS)

Département d'Etudes Cognitives
29, rue d'Ulm
75005 Paris

Contact: dri@rationalite.org